La Psychologie des Foules .

Gustave Le Bon.

 

Un ouvrage remarquable.
Facile à lire .
Extrêmement dense.
Intemporel.
Une analyse aigue de la question .
Le tout en  une centaine de pages seulement !!!!!!!…
 

Je résume l’ouvrage,
que je vous incite à acheter par ailleurs …


Le Concept de la foule.
 

Gustave le Bon identifie la foule à un être humain très particulier :

  • Il est éphémère.
  • Il est la fusion en un seul individu de tous les individus qui participent à cette foule .
  • L’individu qui en résulte ne représente pas la moyenne ni la médiane de ces éléments constitutifs ; c’est un individu entièrement « neuf » qui n’a rien à voir avec chacun de ses éléments créateurs qui peut être meilleur ou pire que ses éléments constitutifs.
  • L’individu qui en résulte garde cependant les »fondamentaux » de base de la société dont sont issus ses membres : une foule latine sera différente d’une foule anglaise, germanique, et d’une foule africaine .
  • Cet individu a des sentiments (favorables ou défavorables) toujours très exagérés ; c’est tout l’un ou tout l’autre .
  • Cet individu a des réactions très vives et très brutales ; aucune nuance ni dans le départ de l’action, ni dans la force et la volonté investie dans cette action .
  • Cet individu, comme un enfant, a besoin à ce que ses souhaits soient assouvis immédiatement, et si cela s’avère impossible, le désintérêt ne tarde pas à se manifester .
  • Cet individu est très irritable et incapable du moindre raisonnement ; il répond aux meneurs comme un automate .
  • Cet individu est très fort mais pas adulte, ni intelligent, ni persévérant dans ses demandes  .

 


La force de la foule .
 

La force de la foule réside dans plusieurs points :

  • La foule est nombreuse.
  • Les éléments s’excitent et se soutiennent les uns les autres .
  • Les éléments sont certains de l’anonymat .
  • La  foule croit sans douter .
    La foule agit sans réfléchir , ni à l’acte ,ni à ses conséquences .
  • La foule néglige ses pertes : l’être nouveau, c’est la foule, et les êtres humains sont des constituants anonymes ; peu importe que l’on en perde quelques uns, la foule elle « survit ».  

Le Fonctionnement de la foule .

La foule n’aime pas être contredite .

La foule n’aime pas être contredite, et donc il faut trouver un slogan « incontestable » .

  • soit qui ne veut rien dire (comme par exemple celui de Chirac avec « Croque la Pomme »),
  • soit qui peut tout vouloir dire (pour la liberté et le progrès….)….
     


La foule fonctionne par la séduction .

Pour être élu, il faut savoir séduire .
Pour séduire il faut être jeune, beau intelligent, riche…mais pas trop, ou en tous les  cas pas de façon trop « ostensibles » …chacun doit avoir l’illusion que lui aussi « pourrait » .
Il ne faut en aucun cas que des barrières « infranchissables » se voient « trop » ; vous allez briser l’illusion .
Vous avez l’exemple Kennedy et l’exemple « Berlusconi »( plus intéressant encore pour une étude détaillée…)  .


La foule fonctionne par sentiments  et non raisonnements.

Il est inutile et même contre-productif d’essayer d’expliquer son programme voire même simplement ses buts .

  • Certains ne comprendront rien aux faits.
  • D’autres ne comprendront rien aux explications et au raisonnement
  • D’autres enfin ne veulent faire aucun effort intellectuel .
  • Certains enfin récupèreront leurs libres arbitre cad s’éloigneront de la foule
     

La foule est souveraine .

Ce que la foule veut est juste, légitime, in négociable  par définition.
C’est exactement comme la croyance religieuse .
Il faut l’admettre en bloc et surtout ne pas la contester ni la décortiquer .

La foule ne s’arrête pas .

Il est impossible d’arrêter une foule .
Mais on peut toujours essayer de la détourner de ses envies initiales
 en lui en proposant de nouvelles ….

La foule peut devenir « criminelle » .

Une foule peut très bien devenir « criminelle » si un de ses « leaders » dépose le « germe » .
La foule génère alors un comportement « criminel », mais sans que les individus aient conscience du comportement « criminel » de leurs actes ; ils agissent  avec l’approbation de leur société de référence « du moment » : la foule….

Comme ils agissent avec l’approbation du groupe, ils en déduisent qu’ils agissent avec l’approbation de la société toute entière ….

Le respect de la foule .

La foule respecte la force .
La foule méprise les faibles .
Si la foule massacre un tyran, ce n’est pas parce qu’il a été un tyran,
c’est parce qu’il n’est plus « fort » .

 

Comme la foule respecte la force, elle respecte l’ordre établis,
(mais pour autant que celui-ci ne lui barre pas la route à ce moment là) .
La foule des émeutiers qui sont rentrés dans Versailles n’a strictement rien volé !

 

La motivation profonde de la foule .

La foule est un nouvel être .
Cet être est assez frustre .

La foule (l’être « nouveau » et « unique »), manifeste rarement pour  le bénéfice de  ses composants (les membres de la foule).
Si l’on caricature, la foule obéit à un « mot d’ordre » qu’elle reçoit des syndicalistes ,et non pour obtenir une augmentation que ses membres réclament à titre individuel .

La foule répond « immédiatement » à un message pour l’essentiel « ancien » .

La foule qui se rassemble, se rassemble parce que depuis longtemps on lui a inculqué petit à petit
des notions susceptibles (mais non suffisantes) pour déclencher un bouleversement.
Ce qui déclenchera le mouvement de foule, c’est « l’étincelle » .
Sans étincelle pas d’explosion.
Sans poudre patiemment accumulée,  toutes les étincelles du monde ne mettront le feu à rien .  



La foule et les « meneurs » .

Cette foule « ainsi » est « inerte » sans des meneurs.
Les meneurs soit naissent en son sein, soit sont amenés en voiture par les organisateurs ….

Les meneurs peuvent faire à la foule ce qu’ils veulent dans un sens comme dans un autre :

  • Quelque chose de très bien.
  • Quelque chose d’horrible.
  • Quelque chose qui va même à l’encontre des intérêts de la foule ….
     

Mais pour être « meneur » , il faut répondre à certains critères sélectifs :

  • Il faut croire « mordicus » à ce qu’on dit.
  • Il faut montrer l’exemple de ce qu’il faut faire .
  • Il faut parler avec la foule en termes simples, ne nécessitant aucune explication,mais uniquement des images évocatrices .
  • Il faut toujours caresser la foule dans le sens du poil .

Le meneur « type » :

Le meneur peut être quelconque, mais il a intérêt à être «basic-basic »…
cela permettra au plus grand nombre de s’identifier à lui et en outre il ne se lancera jamais dans des explications complexes ,
longues et pénibles qui font fuir la foule .
Le meneur doit donc être la plupart du temps (il y a des exceptions notables) une brute sure de son bon droit . 
Les illuminés et les psychopathes s’avèrent donc de redoutables meneurs .

La force du meneur :

Le meneur n’a aucun moyen de transmettre sa force la plupart du temps puisque il ne dispose avec lui d’aucune force « relais »
(comme les  SS et les SA qui savaient « guider la foule » …),mais cela ne l’empêche pas de faire bouger son petit peuple « à la baguette ».

La durée de vie du meneur …

Difficile à dire …
Il y a des meneurs pour un instant ; c’est le genre du meneur qui se lance à l’assaut des forces de l’ordre (et qui souvent n’en revient pas .

Il y a des meneurs pour une bien plus longue période ; c’est le genre de « cadre » d’une révolution .

Ils peuvent disparaitre de plusieurs façons différentes :

  • Mort au combat (le top du top chez les exaltés) .
  • Mort « politique » après avoir fait un faux pas (la te-on…) .
  • Mort « par règlements de comptes internes » (fréquent dans les révolutions) .

La « nursery » du meneur .

Un meneur , quel qu’il soit, doit être en permanence surexcité .
Ceci implique toute une infrastructure, la plupart du temps rencontrée aux hasards du chemin :

  • Manger.
  • Se loger.
  • Se documenter.
  • Rédiger ses discours.
  • Être conduit là où on a rassemblé la foule .

« Ca », se sont les besoins de base, mais on peut envisager « bien plus » :

  • Un service d’ordre apparent et un autre discret.
  • Un groupe de « groupies » (de préférence « photogéniques » …
  • Un service de presse…

A la différence du parti politique où le bénéficiaire de tout cela est quelqu’un qui a fait son chemin « dans le parti »,
ici on peut très bien concevoir que le parti a « mis la main sur »…un excité .
Un excité qui n’est même pas du parti .
Mais qui va pile poil dans le sens des intérêts du parti …

Si l’affaire tourne « vinaigre »,on le laissera tomber .
Le parti lui ne se sera pas mouillé !


La foule et les mots .

La foule ne réfléchit pas .
La foule a besoin d’images .
Les images ont besoin de mots pour les créer .

C’est à la fois un avantage et un inconvénient .
une image, c’est une image, elle est « là » on ne sait pas la changer .
un mot  qui évoque une image,… ca dépend de qui reçoit le mot et comment il l’interprète :

Tout l’art du meneur sera de trouver les mots qu’il faut .
Les mots « qu’il faut » seront simple et surtout « indéfinis » .


Quand le meneur dit des mots comme »liberté, honneur ,progrès, avenir », chacun y voit ce qu’il veut bien y voir ….et on ne lui demande pas son impression …
Toute l’astuce consiste à ce que tout ce que « chacun » voit, contribue à l’action du groupe
« la foule » .
On ne demande pas à l’individu ce qu’il voit comme « son honneur » ,on lui demande de mourir pour le mot « honneur » (totalement indéfini ….).

Le mot « démocratie » pour un occidental, est synonyme de liberté ,de progrès et de qualité de vie
(alors même que le mot ne veut rien dire de ça…mais c’est comme ça qu’il est perçu en tous les cas …
Le même mot « démocratie » est perçu comme le summum de l’anarchie et du danger mortel  dans des civilisation patriarcales et féodales…


Les participants à « la foule ».

Les participants à une foule sont généralement « au même endroit » (par exemple tous les manifestants qui sont dans la rue), mais pas nécessairement : ils peuvent être tout à fait dispersés, mais néanmoins tout à fait unis : c’est le cas d’une foule de gens partageant un même souhait et qui sont réunis tous devant leur poste de télé pour un événement national ou extraordinaire .



Différents comportements des foules :

Il est possible de distinguer plusieurs situations :

  • Foule anonyme ou non anonyme .
  • Foule homogène ou hétérogène .
  • Différences ethnologiques des foules .

Foule « anonyme » ou « non anonyme » .

La foule « anonyme » (manifestants, gens « de la rue »…), a une liberté totale d’opinion et l’assurance totale de l’impunité de  ses actes vu l’anonymat de la foule .

La foule « non anonyme » (membres d’un jury populaire par contre) est bien circonscrite, bien « connue » ,et généralement bien consciente de son rôle  et de ses responsabilités .

 

Foule « homogène » ou « hétérogène » .


Une foule hétérogène reprend une « pioche » de toute la société .
C’est la foule prise « dans la rue »,au hasard, on estime que c’est un échantillon représentatif de toute la société (parfois on peut se tromper lourdement sur ce point …) .

Une foule homogène c’est une foule mais prise dans des endroits « particuliers » ;des endroits qui font que, on a pas des représentants possibles de toute la société ,mais préférentiellement de l’un ou l’autre de ses composants :à la sortie d’une église, d’un bureau de chômage, d’un café, d’un syndicat, dans une caserne …

Il est clair qu’il n’existe jamais des foules 100 % hétérogènes ou 100 % non hétérogènes, mais c’est une idée générale qu’il faut avoir à l’esprit .
Si vous prenez la foule en rue , mais place Vendôme….il est clair que la foule bien que « de la rue » ne sera pas « hétérogène »  … elle sera même très homogène…. Ce seront uniquement les gens qui auront les moyens de rentrer dans la boutique …avec un pourcentage non négligeable de touristes,
et là on en arrive au point suivant …

Une foule homogène restera homogène.
Une foule hétérogène peut dans certaines circonstances se scinder , voire s’entretuer ….

La scission a lieu lorsque deux sous catégories sont reprises dans un même lot à quantité assez équivalente .
Par exemple à  la sortie d’un stade de foot, toute la foule est constituée de supporters (pour la plupart) de l’équipe « A » ou de l’équipe « B ».et suivant la question choisie, le comportement de ces 2 sous unités peut être totalement différent ,et même, comme on le voit régulièrement générer des conflits à l’intérieur même de « la foule » .

Différence ethnologique de foules .

Il y a des différences ethnologiques entre les foules .
Pas « raciales » , mais « ethnologiques » .

Une foule italienne se comportera différemment d’une foule anglaise ou allemande .
Une foule « de noirs » se comportera différemment d’une foule « de blancs » .

 

 

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Date de dernière mise à jour : 06/01/2016